Adad Hannah. Visiteurs

22 juin – 19 août 2012, Vernissage : 21 juin 2012

En photo et en vidéo, Adad Hannah s’intéresse depuis longtemps à la dichotomie entre personnes et sculptures. L’artiste, qui travaille à Vancouver et à Montréal, propose deux vidéos sur le sujet dans l’exposition Visiteurs.

Hannah se sert d’une caméra épaule pour tourner Les bourgeois de Calais : en caisses et déplacés (2010) à Calais, France, avec la première fonte de la sculpture controversée de Rodin. Si le mouvement dans ses créations vient surtout de l’incapacité d’un modèle à demeurer immobile, ici, c’est son corps même qui génère le mouvement. Dans Les bourgeois, Hannah capte les visages des bourgeois et reflète l’instinct humain de se trouver dans le regard des autres. Le tremblement volontaire des prises active les figures de bronze. Torsion, flexion, geste et finalement mouvement, la pièce rend hommage à l’intention dynamique de Rodin. Chaque moniteur veut transmettre l’esprit et l’unicité d’un des bourgeois. Les caisses prolongent l’installation filmée ; elles exagèrent son aspect brut et soulignent la portabilité que lui confère la vidéo. La création offre un aperçu d’un triste événement historique et incite le spectateur à faire le tour pour examiner de près chaque visage public.

Hannah réalise Papa et David en visite (2010) lorsque son père et son conjoint sont en visite de San Francisco. Face à la beauté d’un moment intime le matin, il capte le moment sur vidéo. Contrairement à Les bourgeois, une caméra stationnaire enregistre une seule prise des deux personnages. De prime abord, l’œuvre semble une photo qui s’immisce dans la vie privée de deux hommes au repos. L’immobilité et la tranquillité de la scène amplifient leur vulnérabilité. Le média se dévoile finalement chaque fois que le père, étendu à côté de son amant qui dort, cligne des yeux.

Visiteurs révèle à la fois le désir de Hannah de dynamiser des créations historiques et de mettre en œuvre des sujets et des situations rencontrées par hasard. Que nous soyons transportés à Calais par le biais d’une installation, ou que nous tombons sur la douce étreinte d’un couple amoureux, nous sommes visiteurs. Tels des memento mori, les pièces nous rappellent notre mort imminente, celle de notre corps, celle induite par le sommeil ou celle contrôlée par la lentille d’une caméra.
Ola Wlusek, commissaire